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TROCADÉRO, PARIS 16, UNE BATAILLE DE SYMBOLES

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TROCADÉRO, PARIS 16, UNE BATAILLE DE SYMBOLES

Au moment où le site du Trocadéro est au centre d’une polémique autour du nouveau projet d’aménagement voulu par la Mairie de Paris, il est intéressant de rappeler tous les enjeux que ce site de la colline de Chaillot a traversés au cours des derniers siècles.

La polémique de 2021

Le réaménagement des abords de la Tour Eiffel, voté le 18 novembre 2021 par le conseil de Paris, prévoit de végétaliser et de piétonniser un vaste espace qui va de la place du Trocadéro à l’École Militaire. Ce projet, qui s’inscrit dans la préparation des Jeux Olympiques de 2024, est loin de faire l’unanimité dans les mairies des arrondissements concernés comme auprès des associations de riverains très dynamiques du côté de Passy.

Comme on peut le voir sur cette perspective, l’empreinte végétale couvre une grande partie de la place du Trocadéro, emprunte le pont d’Iéna et court jusqu’à l’École Militaire. Outre les problèmes budgétaires (107 millions d’euros sont le plus souvent évoqués), ce projet inquiète au plus haut point les riverains. Problèmes de circulation avec la piétonisation du Pont d’Iéna, considérable rétrécissement de la place du Trocadéro, nuisances sonores des événements organisés place de Varsovie, absence de gestion de la sécurité et de la propreté, les arguments ne manquent pas du côté des associations locales. Les travaux devraient cependant débuter mi-2022.

La colline de Chaillot, un espace convoité

Espace privilégié des promeneurs parisiens depuis le Moyen Age, la colline de Chaillot a connu sa première construction en 1651 avec un couvent de l’ordre de la Visitation, détruit pendant la Révolution. C’est ensuite  au tour de Napoléon d’imaginer la construction du Palais du Roi de Rome, destiné à héberger son fils. Un projet sans lendemain mais suivi d’autres tentatives d’aménagement telles que le tombeau de l’Empereur, le monument de la Liberté ou « La France intelligente éclairant le monde ». Aucun de ces projets n’aboutira et la colline de Chaillot restera en friche jusqu’en 1869, année où furent entrepris les travaux de nivellement pour créer la Place du Roi de Rome (la place du Trocadéro actuelle).

Pourquoi Trocadéro ?

C’est le nom d’une victoire éclatante des soldats français le 31 août 1823 près de Cadix en Espagne. Petit recul historique : en 1820, le lieutenant-colonel Don Rafael de Riego y Nunez, héros du peuple espagnol, pour sa guérilla contre les troupes de Napoléon organise un coup d’état pour détrôner le roi Ferdinand VII, petit-fils de Louis XIV.

Riego instaure un régime constitutionnel modéré aux antipodes des pratiques inquisitoriales du roi destitué. S’ensuit un climat de guerre civile qui risque de s’internationaliser. De quoi inquiéter les cours européennes qui chargent Louis XVIII de rétablir l’ordre. C’est le duc d’Angoulême, neveu du monarque français, qui prend la tête de ce corps expéditionnaire qui, de victoires en victoires, arrive à l’île du Trocadéro, minuscule îlot rocher dans la baie de Cadix surmonté d’un fort où se sont réfugiés Riego et ses derniers partisans.

Là, les soldats français emportent le fort à la baïonnette après avoir traversé la baie à pied à marée basse.

En 1826, le roi Charles X organise une reconstitution de cette bataille. Il fait ériger une copie du fort du Trocadéro en carton-pâte sur la colline de Chaillot que les troupes françaises sont censées conquérir depuis le Champ de Mars.

Mais il faudra attendre 1877 et les préparatifs de l’Exposition universelle de 1889 pour que la place du Roi de Rome devienne la place du Trocadéro.

Le Palais du Trocadéro

L’Exposition universelle de 1878 est la troisième organisée à Paris. Mais celle-ci revêt une importance politique et économique particulière après la défaite de 1870 et la révolte de la Commune. Il s’agit de démontrer la puissance retrouvée de la France face à l’Allemagne et à l’Angleterre. Les architectes Gabriel Davioud et Jules Bourdais sont choisis pour concevoir ce palais destiné à marquer les esprits. Ils s’inspirent de monuments tels que la Giralda de Séville ou du Palazzo Vecchio de Florence avec une touche d’exotisme pour rappeler la forteresse de Trocadéro conquise en 1823.

Résultat : une partie centrale de style néo-byzantin abritant la plus grande salle des fêtes jamais construite (4 600 places), flanquée de deux tours et reliée à deux ailes. La démarche architecturale peut surprendre mais elle est propre aux styles débridés des Expositions universelles.

Les travaux s’étalent entre novembre 1876 et juin 1878 avec toutes les difficultés que l’on peut imaginer pour un ouvrage d’une telle hauteur.

Ce Palais n’a pas vocation à subsister au delà de l’Exposition de 1878 mais, compte tenu de son coût, il verra les Expositions universelles de 1889 (où il découvrira son vis-à-vis : la Tour Eiffel), et celle de 1900.

Outre sa salle de spectacle, le Palais accueille le musée des monuments français créé par Eugène Viollet-Le-Duc, un ensemble spectaculaire de moulages des hauts lieux du patrimoine français. Il abrite également le premier musée d’ethnographie qui préfigure le Musée de l’Homme actuel.

Objet de moqueries pour son style, le Palais ne fait pas non plus l’unanimité pour son immense salle dotée d’un très grand orgue, le premier orgue de concert installé en France. Cet orgue rejoindra plus tard l’Auditorium Maurice Ravel de Lyon. Cette salle pénalisée par une mauvaise acoustique devient davantage une salle de congrès que de concerts ou de spectacles. Le Palais du Trocadéro accueille également en 1920 le premier Théâtre National Populaire qui ne survivra pas à son créateur Firmin Gémier.

Le ”nouveau” Trocadéro

Une nouvelle Exposition universelle se profile : celle de 1937. Le Palais du Trocadéro a vécu. Conçu pour une exposition, il a mal supporté les années et ne correspond plus au style de ”l’entre-deux-guerres’ où triomphe le béton. Pour minimiser les coûts, les architectes – Jacques Carlu, Louis-Hippolyte Boileau et Léon Azéma – choisissent de reprendre l’essentiel de l’ossature du bâtiment notamment les ailes. A la place de la partie centrale – le château proprement dit – ils créent une esplanade de 125 m sur 60 sous laquelle est créé un nouveau théâtre. De style monumental néo-classique, l’ensemble représente 41 000 m2 contre 17 000 pour l’ancien Palais. Lors de l’Exposition universelle, il s’impose face aux pavillons de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste au point que, lors de sa visite de 23 juin 1940, Hitler décide d’en créer une copie à Berlin, réplique jamais réalisée.

En réalité, victime de grèves, l’intérieur du Trocadéro ne sera pas terminé à temps pour l’Exposition. Le théâtre ne sera achevé qu’en 1939.

Après guerre, le Trocadéro accueille plusieurs sessions de l’ONU qui ne dispose pas encore de siège permanent. C’est dans ce cadre qu’est adoptée, le 10 décembre 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Il héberge également le siège de l’OTAN de 1952 à 1959.

Après l’incendie de juillet 97 qui endommage les spectaculaires collections du Musée des Monuments Français et après le départ de la Cinémathèque en 2005, le Trocadéro abrite, dans son aile Ouest, le Musée de l’Homme et le Musée de la Marine. Son aile Est reçoit le Théâtre National de Chaillot et la Cité de l’Architecture et du Patrimoine qui réunit Le Musée des Monuments Français, l’Ecole de Chaillot et l’Institut français d’architecture.

Autant de bonnes raisons de visiter ce haut lieu du 16ème arrondissement.

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